VOLTAIRE (1694 - 1778) PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Vendredi, 23 Décembre 2011 01:00

  

La raison libère de la religion

Bien qu’il se réfère à Hume et aux Lumières Ecossaises, Voltaire n’en est pas moins un philosophe de la raison pure, celle qui subira les foudres de Kant. Sans doute prend-il en compte la nature de l’être humain, comme les autres philosophes de son temps (y compris, Rousseau dont il déteste les analyses). Par nature, l’être humain possède ce qui lui donne dignité et liberté : la raison. L’homme est appelé à progresser et à s’épanouir par la connaissance et l’exercice de la science, des arts et de l’industrie. Mais là s’arrête l’humanisme chez Voltaire, car il ferme la porte à tout sentiment religieux. L’homme rationnel est unidimensionnel.

Voltaire ne cessera de lutter contre la religion, qui est à ses yeux aliénation et servitude. Sa laïcité militante le portera à une attaque permanente contre l’Eglise, contre le cléricalisme, qui oppriment l’individu, multiplient les contraintes et d’après lui font la loi dans la société du 18ème siècle. « On entend aujourd’hui par fanatisme une folie religieuse, sombre et cruelle. C’est une maladie qui se gagne comme la petite vérole. » Face à ce qu’il appelle ainsi le fanatisme, Voltaire prêche la tolérance et le relativisme.

Rendre sa liberté à l’être rationnel

Voltaire s’est battu, avec obstination, talent et courage (jusqu’à l’emprisonnement) pour la liberté religieuse, la liberté de pensée et d’expression. Il a défendu ceux qui étaient victimes d’un despotisme absolu, dont le modèle lui semblait être le règne de Louis XIV. Il se mobilise contre la censure, contre l’arbitraire des arrestations et des jugements, contre la torture, contre les interdits de toutes sortes. La société française lui semble organisée et dominée par des règles juridiques et économiques contraires à la raison individuelle.

Voilà pourquoi, avec tous les Encyclopédistes et les Physiocrates, il se prononcera pour la liberté économique, et Turgot (édits de 1774 et 1776) lui semble être un réformateur avisé.

Il existe un ordre naturel des choses, que les hommes, tous les hommes, respectent parce qu’ils sont dotés de raison. Mais n’est-ce pas miracle que de déboucher sur un ordre social durable? Voici que notre athée devient déiste : «  Je ne puis songer que cette horloge existe et n’ait point d’horloger ». Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer. Ainsi réapparaît un Dieu fruit et instrument de la raison, un Etre Suprême, un « grand horloger ». Voltaire mourra-t-il avec le tablier des maçons ou avec le sacrement de l’extrême onction ? Peut-être les deux… 

Le rejet de la démocratie

Le libéralisme de Voltaire s’arrête tout de même aux portes du pouvoir. Il ne condamne pas le despotisme, du moment qu’il cesse d’être absolu pour devenir « éclairé ». Eclairé par la raison, et par les conseils prodigués par ces hommes de raison que sont les philosophes.
Voltaire va donc être plutôt du côté des despotes et des princes que de celui des peuples. Il en retirera une considération et une réputation européennes, une richesse considérable, et une existence de plaisirs et de luxe. Rien qui n’évoque la démocratie, rien qui ne limite le pouvoir, sinon la raison.

Ce programme politique paraît un peu mince. Il suffirait que le despote reconnaisse la liberté de pensée et d’expression, la liberté économique aussi, et échappe aux décrets de l’Eglise catholique (ou des protestants) pour que son pouvoir despotique soit légitimé.

C’est sans doute ce qui fait de Voltaire l’un des grands philosophes français, comme Descartes : accordant une grande confiance au pouvoir en place, respectueux et flatteur des grands de ce monde, à condition qu’ils fassent leur place aux grands intellectuels. Nous sommes dans l’élitisme et l’oligarchie, bases de l’étatisme et de la centralisation. A la différence de ce qui s’est passé en Angleterre, ce n’est pas la révolution des bourgeois et du peuple qui se profile à l’horizon français, c’est celle de la nouvelle noblesse, celle des intellectuels.

 

Commandez

Catalogue de la SEFEL l www.libres.org

En 2012 l’ALEPS lance « clandestinement » une série de videos et d’articles sur le site d’un mystérieux« le candidat libre ». Le candidat ne propose ni vision d’ensemble de la société, ni programme politique, mais une solution libérale et argumentée sur sept sujets : le salaire complet, les retraites, les impôts, le logement, l’école, la réglementation, le referendum d’initiative populaire. Le site est aujourd’hui clos, mais son contenu a été conservé sous DVD.


2012, 5€

Bulletin de commande

Catalogue de la Sefel

Revue des Livres

Jacques Garello

Comment sauver vos retraites

L’ouvrage est sorti des presses jeudi 28 novembr...

Olivier Marteau

L’étrange défaite de la France dans la mondial...

Evidemment, cette défaite est masquée par les qu...

Portait

La propriété c’est le vol

« Il ne se dit pas en un siècle une formule aussi éblouissante. Je la tiens pour un trésor plus grand que toute la fortune des Rothschild ». C’est en ces termes et en toute humilité que Proudhon a commenté le slogan qu’il avait inventé, mais dont on sait maintenant qu’il n’était qu’un slogan. En effet, pour qu’il y ait vol, il faut qu’il y ait propriété. Mais peu importe : le slogan a fait passer Proudhon pour l’un des maîtres à penser du socialisme français. Son amitié étroite avec Karl Marx renforce cette réputation, en dépit de la brouille qui séparera définitivement les deux hommes en 1846 (quand Marx parlera de « misère de la philosophie » à propos de l’ouvrage de Proudhon « Philosophie de la misère ». Marx n’aura qu’aversion pour le socialisme français, purement animé par de bons sentiments, et ignorant de la science économique.

Lire la suite...