Opérations transférant à l'Etat, de façon autoritaire, le contrôle
d'entreprises appartenant jusque là au secteur privé. En France, le secteur
nationalisé a été essentiellement constitué en trois étapes : - En 1936, au moment du
Front Populaire, où les nationalisations ont été peu nombreuses (notamment les
industries d'armement ou les chemins de fer).
- En 1945-46, au moment du tripartisme (PC, SFIO, MRP), où les
nationalisations ont atteint le niveau de 13 % du PIB (et 18 % de l'activité
industrielle). Elles ont porté essentiellement sur une partie du système bancaire
(grandes banques de dépôt et Banque de France), sur Renault, le gaz et l'électricité,
les houillères, l'aéronautique, les grandes compagnies d'assurance, etc. - En 1981/82, après l'accession de M. MITTERRAND à la Présidence de
la République. Cette fois, le niveau des nationalisations a atteint 32 % du chiffre
d'affaire de l'industrie (en particulier, sont nationalisés à plus de 50 % la
sidérurgie, la première transformation de l'acier, la métallurgie, la chimie de base,
les textiles artificiels, l'armement, la construction aéronautique, et à près de 40 ou
50 % le matériel électronique ménager et professionnel, la bureautique et
l'informatique, le verre, etc.). En outre, les nationalisations ont également touché le
secteur bancaire, où les nouvelles nationalisations ajoutées aux anciennes représentent
désormais plus de 90 % des dépôts bancaires, le reste se répartissant entre les
banques étrangères (8 %) et les petites banques privées françaises (2 % environ).
A l'issue de ces dernières nationalisation, la France se trouvait
largement en tête des pays occidentaux pour la part du secteur public dans la production,
et elle était la seule à avoir transféré entièrement les finances à l'Etat. On peut aussi s'interroger sur la rentabilité de ce secteur public .
Les entreprises nationalisées sont souvent en déficit, et les dernières entreprises
nationalisées suivent, sur ce point, le chemin des autres. Ce secteur est donc largement
subventionné; il coûte fort cher à l'Etat, son actionnaire, et ne lui rapporte guère :
pas de profits, donc ni dividendes, ni impôts, dans la plupart des cas. En sens inverse,
les avantages sont très incertains et aléatoires : elles sont plutôt un frein sur le
plan économique (par exemple lorsqu'elles pratiquent de faux prix) ; leur bilan social
est très mitigé, y compris en matière d'emplois, et, lorsqu'il est positif, c'est au
détriment du secteur privé, de la collectivité dans son ensemble et des contribuables
en particulier. En 1986, une première vague de privatisations est intervenue,
portant à la fois sur le secteur industriel et la banque. Cette vague a été stoppée en
1988, et la doctrine du "ni-ni" est alors apparue : ni nationalisation, ni
privatisation nouvelle. En fait, des nationalisations rampantes ont continué à
s'opérer, comme l'absorption d'UTA et d'Air Inter par Air France, tandis que des
privatisations "silencieuses" étaient pratiquées. Le vrai changement est
qu'aujourd'hui plus personne ne voit dans les nationalisations une for mule d'avenir ;
c'est au mieux une tentative pour les dirigeants au pouvoir d'accroître leur puissance.
Après 1993, les privatisations ont repris mais, en France, certains tabous subsistent, en
particulier pour les monopoles publics, alors qu’à l’étranger ces
secteurs sont à la fois ouverts à la concurrence et privatisés. |