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Une encyclique pour rien PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Mercredi, 24 Juin 2015 00:00

Seul le titre est riche : loué soit le Seigneur qui nous offre la nature en garde

 

 

J’ai longtemps hésité avant de commenter l’Encyclique Laudate Si. Son contenu est en effet déroutant, surtout pour un économiste catholique. Mais, d’une part, certains vont en parler d’abondance et peut-être à tort et à travers – donc autant savoir ce qu’elle dit, d’autre part mon analyse, même sommaire, peut choquer certains lecteurs – donc autant la connaître !

Mon ami et collaborateur de longue date Jean Yves Naudet, expert en doctrine sociale de l’Eglise Catholique, membre de l’Académie Catholique de France et président de l’association des Economistes catholiques, n’a cessé de répéter depuis des années qu’une Encyclique n’est pas un ordre donné par le Pape à ses ouailles. De plus, pour celle-ci le Pape François précise qu’il s’adresse à tous les hommes de toutes religions : il ne s’agit donc nullement d’un commandement, mais d’une invitation à réfléchir sur les problèmes qui agitent la société et peuvent agir sur la paix entre les peuples et le bonheur des hommes.

Le Pape réfléchit aussi, et la tonalité d’une Encyclique est étroitement liée aux personnes qui ont accompagné le souverain pontife dans sa réflexion. Ainsi Paul VI a rédigé « Popularum Progressio » avec la complicité active du Père Lebret, dominicain français, émule de François Perroux, partisan de la planification du développement et adversaire du commerce international. Concevoir le plan soviétique et l’autarcie comme des outils de lutte contre la misère dans le Tiers Monde n’était pas très réaliste. En revanche, Saint Jean Paul II a beaucoup discuté avec Michael Novak, économiste de l’American Enterprise Institute, avant de produire « Centesimus Annus », texte qui ferme l’ère intellectuelle du communisme et de l’Etat providence (« Etat de l’assistance ») pour ouvrir celle de « l’économie de libertés ». Pour sa part, le Pape François a été très influencé par les thèmes d’écologistes favorables au « développement durable », y compris par des membres du club de Rome qui dès 1958 étaient partis en guerre contre la croissance, la mondialisation. Les néo-malthusiens marchands de peur annonçaient à l’époque la menace de la surpopulation mondiale (les milliards d’êtres humains n’auraient plus assez de surface terrestre pour se tenir debout) et l’épuisement total des ressources naturelles (le pétrole devait manquer dès avant 2.000). Aujourd’hui les gens de la même obédience sont à la tête du « réchauffisme » et entendent sauver la planète contre les pays riches et, de façon plus large, contre les riches et le système de marché de leur invention.

L’Encyclique leur donne raison, et les attaques contre le marché foisonnent. Le « modèle actuel de production et de consommation » (I, I, 26) doit être changé. Font l’objet de critiques sans ménagement la « finance », le consumérisme (I, III, 34), la spéculation (I, VI, 56), l’individualisme et l’égoïsme (IV, V, 162), du marché (VI, I, 203), etc.. L’encyclique appelle à l’interventionnisme économique (III, III, 129), recommande de donner la priorité au transport public (IV, II, 153), propose la mise en place d’une « autorité politique mondiale » (V, I, 175), enfin et surtout « une certaine décroissance dans quelques parties du monde » (V, IV, 193). « Est-il réaliste d’espérer que celui qui a l’obsession du bénéfice maximum s’attarde à penser aux effets environnementaux qu’il laissera aux prochaines générations ? […} Il faut toujours se rappeler que « la protection de l’environnement ne peut pas être assurée uniquement en fonction du calcul financier des coûts et des bénéfices. L’environnement fait partie de ces biens que les mécanismes du marché ne sont pas en mesure de défendre ou de promouvoir de façon adéquate » (V IV, 190). Voilà de fortes sentences qui ne résisteront certainement pas longtemps à la réalité économique et humaine, tout comme les attaques contre le commerce mondial de Paul VI, tout comme les élucubrations du club de Rome.

Toutefois le Pape est un jésuite, et a l’habileté de souffler le froid après le chaud. Il sait que les Verts qui vont applaudir à son écrit sont très souvent des païens, et la déesse Gaïa leur est plus chère que le Christ. Donc l’écologie recommandée doit se démarquer de ces extrémistes, et rappeler non seulement la Genèse et l’ordre de la Création, et la mission de « dominer la terre » donnée aux hommes, mais aussi la responsabilité personnelle de chacun. L’habileté voisine alors avec l’incohérence car on ne voit pas comment assortir l’appel aux initiatives personnelles et la condamnation du marché, procédé le plus évident pour mobiliser harmonieusement ces initiatives ; ni comment miser sur une utopique « autorité publique mondiale ». Comment exalter la responsabilité des hommes et leur imputer la destruction de la planète ?

L’Eglise est experte en humanité, dit-on. Mais son expertise en économie reste à démontrer. Dernière réserve à l’égard des Verts et des intellectuels de gauche : ils sont contre la famille et prônent la « libération des mœurs » l’avortement en particulier. Et là, on tombe sur un grand problème : François est un ardent défenseur du mariage, un énergique combattant contre l’avortement et l’homosexualité. Il prépare d’ailleurs pour cette année encore une encyclique sur la famille. Dans le passé l’Eglise a été plus experte en famille qu’en économie. Mais sait-on jamais ?

 
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Au sommaire du n°1337 du 14 octobre 2017

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