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Pas de sérieuse diminution des dépenses publiques sans réduction du périmètre de l’Etat. Des privatisations généralisées ne nuisent pas à la santé, ni à l’éducation, ni aux communications, ni aux retraites de la population : c’est tout le contraire, comme le prouvent les réformes pratiquées en Allemagne, en Grande Bretagne, en Scandinavie, en Europe Centrale ou au Canada, il est facile, confortable et économique de se passer de l’Etat dans beaucoup de domaines.

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« Il ne se dit pas en un siècle une formule aussi éblouissante. Je la tiens pour un trésor plus grand que toute la fortune des Rothschild ».

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RAOUL AUDOUIN : LIBERAL ET CROYANT PDF Imprimer Envoyer
Vendredi, 22 Avril 2005 01:00

Depuis ce mercredi 13 avril Raoul Audouin repose en cette terre de Normandie où il était né 98 ans plus tôt. Né à Caen en 1907 il s’est éteint au Breuil en Auge, attendant sa mort avec sérénité, voire même une certaine impatience. Sa proverbiale discrétion lui a dicté d’attendre quelques jours de plus, pour laisser la préséance à ce Pape qu’il aimait et admirait, et qui certainement l’aura accueilli au seuil de la maison du Père. 

Croyant, Raoul Audouin l’était profondément, passionnément, et c’est ce qui a donné tout son sens à sa vie et à son œuvre. Un tournant de son existence a certainement été sa rencontre avec Pierre Lhoste-Lachaume, en 1938. Dans le monde bouleversé par la Grande Dépression et le bruit de bottes, la liberté est en danger. Walter Lippman organise à Paris un grand colloque sur « La Cité Libre » : il pressent que les totalitarismes marxiste et nazi vont vouloir imposer leur loi à la terre entière, tandis que le camp de la liberté est inconscient, divisé et apeuré. Pierre Lhoste Lachaume fonde le Centre Libéral Spiritualiste Français, et s’adjoint les services d’un jeune rédacteur, Raoul Audouin. Tous deux feront équipe jusqu’en 1973, date de la mort du fondateur, Raoul Audouin lui succédant à la tête du CLSF. Tous deux seront parmi les premiers en France à vouloir défendre la liberté au nom de l’idéal chrétien, marquant par là que le choix du libéralisme n’est ni utilitaire ni politique, mais bien spirituel, parce que la liberté s’ordonne à la dignité de la personne humaine (au demeurant, ce thème est le favori de Jean Paul II). 

Libéral, Raoul Audouin va bien entendu appartenir à l’Internationale des intellectuels libéraux, la Société du Mont Pèlerin, dont il a été l’un des tout premiers membres. Je l’ai rencontré et apprécié dès notre première rencontre dans le cadre de cette Société en 1973, à Salzbourg où nous étions reçus par Friedrich Hayek. Hayek a été l’un des penseurs favoris de Raoul Audouin, c’est peut-être ce qui l’a poussé, alors qu’il dépassait la soixantaine, à entreprendre une nouvelle carrière : celle de traducteur. Il trouvait anormal et contraire à la propagation du libéralisme en France de ne pas pouvoir disposer d’une bonne traduction de Hayek, ni des autres grands penseurs libéraux qui écrivaient tous en langue anglaise. Il se mit au travail et nous livra les trois tomes de Droit Législation et Liberté, qui fit découvrir Hayek à une grande quantité de beaux esprits. Philippe Nemo, qui lui consacrera plus tard un ouvrage, m’a confié avoir connu Hayek grâce à la traduction de Raoul Audouin. Si bien lancé, Raoul Audouin ne s’arrêtera pas en si bon chemin. L’ALEPS l’accompagnera d’ailleurs souvent dans son programme de traduction. Après Hayek, ce fut Mises – « L’action Humaine » - puis Irving Kristol, puis Hayek à nouveau avec la « Constitution de la Liberté » (nous avons travaillé le texte ensemble) puis « La Présomption Fatale », dernier ouvrage du maître de Fribourg. Enfin et non le moindre, la très récente traduction d’Harold Berman (« La Révolution du Droit »), le livre qui raconte la plus belle histoire de l’Europe médiévale et qui devrait nous inspirer aujourd’hui. La maîtrise de la littérature de langue anglaise a permis à Raoul Audouin de rendre la politesse aux anglophones. Il a écrit « Providence and Liberty » où il présente (sous les auspices de l’Acton Institute) une traduction des principaux textes de Frédéric Bastiat : les Américains en feront un succès de librairie.

Je ne saurais pour autant réduire le travail de Raoul Audouin à ces traductions, fussent-elles remarquables et d’une très grande opportunité. Car il a écrit lui-même des pages entières de la pensée libérale française, parmi les plus belles. Il y a d’abord toute la collection des lettres hebdomadaires que Madame Audouin a tapées ici même, avenue de Mac Mahon, pendant près de vingt ans. Il y a ensuite deux livres où il a mis tout son savoir et toute sa passion : les « Lois de la Liberté », dont le sous-titre est « Libéral et croyant, pourquoi ? » et « Vivre libres : la splendeur de l’économie ». Dans ses ouvrages, on découvre l’économiste bien sûr, mais aussi le philosophe et le croyant. L’économiste suit de très près l’idée maîtresse de Bastiat : la vie économique est faite d’échanges, le marché est une façon d’aller au devant des besoins des autres, et  seul  le  service  de  la  communauté mérite une rétribution. Il se place délibérément du côté des hommes à qui sont destinés les produits, et non pas de ceux qui fabriquent les produits. L’homme est la fin de toute activité économique. Quant au philosophe et croyant, il voit les beautés et la dignité de la personne humaine, créée à l’image de Dieu, prolongeant lui-même la création, mais aussi les limites des êtres humains. 

Raoul Audouin attachait un grand soin à son bulletin trimestriel, « Libéral et croyant », dont il est resté l’éditorialiste jusqu’à ces tout derniers mois, même si la rédaction est désormais assurée par Arnaud Pellissier Tanon et mon fils Pierre, et même si la présidente du CLSF est aujourd’hui notre fidèle secrétaire de l’ALEPS, Jacqueline Balestier, avec qui il avait fêté récemment son 98ème anniversaire. 

Je voudrais conclure en citant cette « parabole du vitrail », qui est l’épilogue de son ouvrage « Les Lois de la Liberté ».

« L’EVANGILE surabonde d’intuitions les plus profondes dans l’âme humaine. Chacun de ses livres est comme un sanctuaire aux vitraux historiés. Pourtant, celui qui se tient à l’extérieur regardera vainement les scènes enchâssées, elles lui paraîtront obscures, étranges.

Mais si quelqu’un a soif de la Paix, de la Liberté et de l’Amour des hommes, qu’il entre dans ces vieux textes et fasse en lui-même le silence : les hautes fenêtres s’illumineront de sens et de splendeur.

Force et bonheur couleront vers lui, de cette révélation qu’un Cœur de Père, plus vaste que l’Univers, s’émeut quand on lui dit MERCI pour les beautés du monde et PARDON pour nos laideurs ».

Comme Jean Paul II, Raoul Audouin éveillait l’enthousiasme des jeunes et je me rappelle leur réaction au cours de l’Université d’Eté 1999 quand, à la fin de son remarquable exposé, ce nonagénaire a entonné un air d’opéra (il aimait rappeler que son père avait été chanteur) pour dire tout son espoir et toute sa foi dans la liberté. A mon tour, je dis un grand merci à l’ami Raoul Audouin.

 

Les principales traductions de Raoul Audouin :

Friedrich von HAYEK Droit Législation et Liberté (PUF) : Règles et ordre (tome I, 1980) Le mirage de la Justice Sociale (tome II,1982), L’ordre politique d’un peuple libre (tome III, 1983),

Ludwig von MISES L’action Humaine (PUF, 1985)

Irving KRISTOL, Réflexions d’un néo-conservateur (PUF, 1987)

Friedrich von HAYEK La Constitution de la Liberté (Liberalia, Litec, 1993)

Friedrich von HAYEK La présomption fatale (PUF, 1994)

Harold BERMAN La Révolution du Droit (Librairie de l’Université Aix, 2002)

Les ouvrages principaux de Raoul Audouin :

Les Lois de la Liberté, Libéral et Croyant, pourquoi ? Institut Economique de Paris, 1985

Vivre Libres, La splendeur de l’économie, Laurens, 1998

 

Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1362 du 2 mai 2018

Editorial : Victoire des Black Blocks
Actualité
:
Cinquante ans plus tard - Service national : pour quelle nation ? - Peut-on faire confiance aux iraniens ? 
Connaissance du libéralisme :
La concurrence sauvage
Lu pour vous :
Bertrand Lemennicier, La nation, fétiche politique introuvable


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